L' iguane des petites Antilles ou iguane péyi (Iguana delicatissima)

Classification de l'iguane des Petites Antilles

 Ordre : Squamate

    Famille : Iguanidae

      Genre : Iguana

          Espèce : Iguana delicatissima

Quelques informations

Longueur : jusqu’à 140-150 cm (queue comprise)

Poids : jusqu’à 3,6 kg pour les mâles et 2,7kg pour les femelles
Maturité sexuelle : autour 3 ans pour les femelles, 4-5 ans pour les mâles
Espérance de vie : estimée à 15-20 ans
Statut UICN : En danger critique d'extinction

Protection : espèce protégée

 
 

Description :

 

Les iguanes des Petites Antilles sont des reptiles dont la taille et le poids moyens varient fortement entre les îles. La taille de la queue représente environ 70% de la taille totale de l'animal (donnée tirée des mesures morphologiques réalisées lors des suivis de population ONCFS).

 

La couleur du corps varie entre les individus et au cours de la vie d'un individu selon l'âge, le sexe, et le statut social. Les juvéniles venant de sortir de l’œuf sont d'un vert pomme brillant, chez certaines femelles subadultes et adultes, cette couleur évolue vers un vert mat plus sombre ou un gris verdâtre. Chez les mâles dominants leur corps est gris foncé, brun ou noirâtre. Globalement, la tête tend à blanchir chez les deux sexes.

 

Le corps des iguanes est robuste et ils peuvent se déplacer aussi bien dans les arbres que dans l’eau, ils sont d’excellents nageurs. Leurs pattes griffues à cinq doigts leurs permettent de grimper et de creuser des nids sans difficulté.

 

L’iguane des Petites Antilles a sur la mâchoire inférieure une série d’écailles de même taille qui se prolonge jusqu’au bout du museau. Sous sa gorge il présente un fanon qu’il  étend pour communiquer avec ses congénères et pour établir sa dominance. Le fanon est muni d’épines (10 maximum) sur sa partie supérieure. Il se distingue de l'iguane commun par sa queue non rayée et l'absence d'une grosse écaille blanche sous le tympan (écaille subtympanique).

 

Le plus grand iguane des Petites Antilles capturé était un mâle en Dominique et mesurait 43.4 cm de longueur de corps (SVL) pour un poids de 3.5 kg. La plus grande femelle capturée jusqu'aujourd'hui mesurait 40.1 cm de corps pour un poids de 2.6 kg, et venait également de Dominique. Le mâle le plus lourd pesait 3.7 kg pour une longueur de 42.8 cm, et venait lui aussi de Dominique.

 

 

Dimorphisme sexuel :

 

La différence mâle / femelle est relativement marquée chez cette espèce. Plusieurs spécificités morphologiques permettent de déterminer les sexes.

 

La couleur des mâles dominants tend vers le gris foncé avec une tête bien blanche, ils ont une crête dorsale comportant des épines beaucoup plus hautes, et des épines gulaires (sur le fanon) plus grandes. La tête est aussi beaucoup plus large par rapport au corps chez le mâle lui conférant un aspect moins gracile. Les femelles sont en général vertes à vert-brunes, avec une tête qui blanchit.

 

Leurs joues des mâles peuvent prendre une coloration très rose notamment en période de reproduction. Dans une moindre mesure cette coloration rose se retrouve aussi chez les femelles.

Un examen attentif permet de repérer chez les mâles, des pores fémoraux (série de pores permettant l'excrétion d'une substance cireuse par des glandes situées en face ventrale des cuisses) de diamètre beaucoup plus important que les femelles, et à la base de la queue sur quelques centimètres se distinguent deux bosses formées par les hémipénis (deux organes sexuels des mâles) dans leur fourreau.

MALE 

 FEMELLE 

Pores fémoraux

Cloaque contenant les hémipénis

 
 
 
 

Habitat :

 

Les iguanes des Petites Antilles peuvent vivre dans des habitats variés. Dans les forêts humides, ils se déplacent de branche en branche et ne descendent que rarement à terre, sauf en période de ponte. Plus un individu est âgé plus il montera dans les hautes branches, les juvéniles restant dans les buissons et les arbustes. D’autres populations se retrouvent dans des îles sèches comme l’îlet Chancel (Martinique), la Désirade et Petite Terre (Guadeloupe). Les iguanes comme tous les autres animaux sont soumis aux aléas du climat et peuvent souffrir des sécheresses et des cyclones.

 

 

Régime alimentaire :

 

Cet animal à l’allure de dragon n’est pas carnivore mais herbivore, il se nourrit de feuilles, de fleurs et de fruits des nombreux arbres et arbustes présents sur les îles.

Il est ce que l’on appelle un végétarien généraliste. A Petite-Terre l’analyse de 240 excréments récoltés par des membres de l'AEVA (Breuil et Breuil, in Barré et al., 1997), a montré que les espèces les plus prisées sont le poirier (Tabebuia pallida), le mancenillier (Hippomane mancinella), l’amourette (Clerodendron aculeatum), le bois couleuvre (Capparis flexuosa), le bois noir (Capparis cynophallophora), le mapou (Pisonia fragans), le gaïac (Guajacum officinale), le gommier rouge (Bursera simaruba) et le palétuvier gris (Conocarpus erecta).

 

Les mancenilliers peuvent être mortels pour les humains, mais les iguanes eux en raffolent et ils grimpent dans ses branches pour se nourrir.

 

L’alimentation de l’iguane varie avec les saisons. Pendant le Carême, les iguanes consomment essentiellement des feuilles et durant la saison humide, ils mangent de plus en plus de fleurs et de fruits charnus.

 

Iguana delicatissima consommerait (Lazell, 1973) des carcasses voire des œufs et pourrait être un carnivore opportuniste. Ce comportement carnivore observé à la Désirade n'a pas été confirmé, pareil pour le reste des îles des Petites Antilles. Toutefois, à Petite-Terre, les restes de poulets abandonnés aux pagures par les croisiéristes sont occasionnellement consommés par les iguanes (Grémion, comm. pers. Breuil, 2008).

 

 

Comportement :

 

Confronté à un humain, il préfère la fuite à la confrontation. S’il est dérangé, il peut se laisser tomber du haut d’un arbre pour s’enfuir à toute vitesse sur le sol.

Animal à sang froid (ectotherme), il va chercher tour à tour le soleil pour se réchauffer jusqu’à 38-39°C puis l’ombre pour se refroidir tout au long de la journée (Breuil, 2002). Une température plus haute lui permet d’activer son métabolisme et notamment de mieux digérer son repas. Aux heures les plus chaudes, 12h30-14h30, il reste à l’ombre.

 

 

 

Reproduction :

 

Polygames, les iguanes mâles se reproduisent avec plusieurs partenaires présentes sur leur territoire durant la saison de reproduction.

Après l’accouplement, la femelle se nourrit davantage. Les graisses stockées dans les corps adipeux sont alors transférées dans les œufs. Neuf à dix semaines après les accouplements, la femelle est prête à pondre.

 

Sur les îles sèches, les femelles pondent principalement de juin à mi-août mais des pontes peuvent être observées de mars jusqu’en octobre.

 

Les femelles partent à la recherche d’un site de ponte collectif où elles creusent un terrier d’un mètre de longueur, se retournent puis pondent avant de reboucher le terrier derrière elles.

 

Les sites de pontes adaptés sont rares et continuent à le devenir, les femelles arrivant en dernier doivent parfois déterrer les couvées des femelles précédentes notamment à l’îlet Chancel, réduisant ainsi le nombre de jeunes iguanes.

 

Parallèlement les œufs de ces femelles sont soumis à des risques d’inondation notamment au début de la saison des pluies, mais aussi de prédation : crabes, bernard-l’hermite,  rats, mangoustes…sont friands de ces œufs.

Enfin, à chaque couvée, une certaine proportion d’œufs, non fertiles, n’éclosent jamais.

 

Après l’éclosion les juvéniles creusent à la verticale vers la surface pour rejoindre l’air libre. S’ils rencontrent trop de rocailles ils peuvent dévier de leur trajectoire voire mourir asphyxiés. Emergeant ainsi au début de la saison humide les jeunes iguanes bénéficient de la présence des jeunes pousses tendres.

 

Répartition :

 

Par le passé, on pense que cette espèce occupait tout le nord des Petites Antilles depuis Anguilla jusqu’en Martinique. Ce territoire incluait Anguilla, Saint Martin, Saint Barthélemy (y compris les ilets de Fourchue et Frégate), Antigua & Barbuda, Saint Kitts & Nevis, Les îles de Guadeloupe (y compris Grande Terre et Basse Terre, La Désirade, Les îles de Petite Terre, Marie-Galante, Les Saintes), la Dominique et la Martinique (y compris l’îlet Chancel).

 

De nos jours, le déclin de sa population est estimé à 70%. L’iguane des Petites Antilles a aujourd’hui disparu de Saint Martin, Antigua & Barbuda, Saint Kitts & Nevis, Grande Terre, Les Saintes et Marie Galante. Sur Basse Terre, il est probable que seuls subsistent quelques individus qui ne sont pas hybridés avec l’iguane commun, mais ils ne forment plus une population viable.

 

Une population est toujours présente dans les forêts humides du Nord de la Martinique, cependant elle est encore peu connue. L'iguane des Petites Antilles est en Martinique beaucoup plus facilement observable sur l'îlet Chancel. En Guadeloupe on le trouve sur l'île de la Désirade, et dans la Reserve Naturelle de Petite Terre (Commune de la Désirade).

 

 
 

Prédation et compétition :

 

La prédation naturelle s’exerce principalement sur les œufs et les jeunes iguanes. Selon les îles, les prédateurs diffèrent. Citons les serpents, les rapaces comme la petite buse (Buteo platypterus), les crabes et les bernard-l’ermite consommateurs d’œufs.

Les rats peuvent tuer des juvéniles et creuser de trous dans les galeries de pontes pour consommer les œufs mais ils sont également des compétiteurs pour la nourriture. Les raton-laveurs et les mangoustes sont également des prédateurs potentiels de l’iguane des Petites Antilles.

Les chiens et les chats qui ont été introduits attaquent aussi les juvéniles, les chiens par contre peuvent s’en prendre aux adultes.

 

Menaces pesant sur l’iguane péyi :

 

Aujourd’hui en danger d’extinction il a été chassé, pour sa viande ou pour être empaillé comme souvenir. Le trafic routier est aussi un facteur de mortalité. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les mammifères ayant le plus fort impact négatif sur les populations d'iguanes semblent être les ovins et les caprins.

 

Par le surpâturage, ils entraînent un changement dans la composition de la végétation (surconsommation de plantule de certaines espèces par rapport à d'autres) diminuant ainsi le nombre et la qualité des éléments végétaux dont se nourrissent les iguanes, et par élimination de la couche herbacée, ils induisent une forte érosion des sols, pouvant notamment réduire l'espace disponible pour la nidification dû à l'affleurement de roches. Ils peuvent aussi être considérés comme des compétiteurs alimentaires au moins sur un certain nombre d'espèces de végétaux.

 

L’urbanisation des arrières de plages et l’importation de prédateurs (chat, chien, mangouste, rat …) participe à la fragilisation de cette espèce.

 

L’iguane commun originaire d’Amérique du Sud et d'Amérique Centrale rentre en compétition directe avec l'iguane des Petites Antilles, aussi bien pour la nourriture que pour l’espace et les partenaires de reproduction. Par ailleurs, l'hybridation entre ces deux espèces entraine la dilution du patrimoine génétique de l'iguane des Petites Antilles. C'est pourquoi la présence de l'iguane commun constitue actuellement la principale menace pour l'iguane des Petites Antilles.

 

C’est pour sauvegarder cette espèce, mieux la connaître et la protéger qu’il existe un Plan National d’Action depuis 2011.

Les objectifs de ce PNA sont : l’avancement des connaissances sur cette espèce, la préservation (y compris la lutte contre l’espèce invasive Iguana iguana) et la communication des actions et des connaissances sur l'iguane des Petites Antilles.

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